Peut-être avez-vous entendu parler de l’ouvrage d’Astrid Hurault de Ligny intitulé Le regret maternel : quand le rôle de mère est trop lourd à porter. Sorti en 2022, il a bousculé le monde de la parentalité, en pointant du doigt un gigantesque tabou. Et pour cause : de nombreuses mères sont concernées par le regret maternel. Pourtant, rares sont celles qui se risqueraient à l’avouer à autrui, ou même à se l’avouer à elles-mêmes. Qu’est-ce qui peut expliquer ce regret maternel ? Quel est le rôle de la société dans cette souffrance ? Et que faire lorsqu’elle nous traverse ? Parlons-en !
Qu’est-ce que le regret maternel, et pourquoi est-ce un tabou sociétal ?
Comme le rappelle Astrid Hurault de Ligny en introduction de son désormais célèbre livre, les mots « regret » et « mère » sont parfaitement incompatibles dans l’imaginaire collectif. Malgré une libération de la parole des femmes, le fait d’être mère reste idéalisé. Les réseaux sociaux continuent de construire l’image d’une maman parfaite, heureuse et épanouie.
Et pourtant, si l’on en croit la majorité des femmes, il s’agit sans doute d’un des rôles les plus difficiles à endosser. Et le dire n’enlève rien à l’amour que l’on peut ressentir pour son enfant. Grâce au droit à l’avortement, on peut penser que la plupart des grossesses sont désirées. Malgré tout, 10 à 20 % des jeunes mamans font face à une dépression du post-partum (source : Ameli, 2022).
Plus tard, nombre d’entre elles tombent dans l’épuisement parental, ou n’en sont pas loin. Entre charge mentale, nouvelles responsabilités et changement profond d’identité, l’arrivée d’un enfant s’accompagne d’un profond changement de vie. Et force est de constater que certains parents, et certaines mères en particulier, prennent cette réalité de plein fouet.
D’après un sondage réalisé en 2022, le regret parental concerne pas moins de 13 % des parents en France (source : YouGov, 2022). Malgré cette proportion élevée, les discours sur le regret parental semblent inentendables. C’est encore plus vrai pour les mères, qui font face à d’énormes injonctions sociétales, tout en endossant une plus grande charge mentale.
Charge mentale, perte d’identité, injonctions et patriarcat : quelles sont les causes possibles du regret maternel ?
Chaque mère est différente, et les causes du regret maternel ne sont évidemment pas les mêmes d’une femme à l’autre. Pourtant, certaines d’entre elles sont récurrentes, en particulier les causes d’ordre socio-culturelles.
Avant d’entrer dans le vif du sujet, que diriez-vous de briser un mythe qui fait beaucoup de dégâts chez les femmes ? Il est tout à fait possible de ne pas éprouver le fameux « instinct maternel ».
Malgré certaines réalités biologiques comme l’émission d’une décharge d’ocytocine au moment de l’accouchement, le lien d’attachement mère-enfant est complexe. Il peut mettre du temps à se créer ou ne pas se créer du tout.
Et pour cause, il dépend de nombreux facteurs : histoire personnelle, déroulement de la grossesse et de l’accouchement, santé du bébé, etc. S’agissant du regret maternel, les femmes évoquent plusieurs causes sociales et culturelles :
- la pression sociale et les normes traditionnelles : attentes familiales, stéréotypes sur la bonne mère, écarts entre réalité et idéal fantasmé, discours religieux et/ou moraux ;
- le manque de soutien de la part de la société, de la famille, du conjoint, de l’employeur ;
- les inégalités de genre : charge mentale, injonctions liées au patriarcat ;
- les difficultés sociales : isolement, difficultés relationnelles dans le couple.
Mais il existe également diverses causes personnelles, qui dépendent de l’histoire, de l’état psychologique ou encore de la personnalité de chacune :
- la redéfinition de soi, parfois subie : perte d’identité professionnelle, moins de liberté, maternité qui entre en conflit avec les aspirations personnelles, perte d’autonomie (financière entre autres) ;
- le sentiment de déception lié à l’écart entre la réalité et ce qui était de l’ordre de l’imaginaire : sentiment de désillusion, remise en question du mythe de l’amour maternel inconditionnel ;
- l’état psychologique : dépression du post-partum, épuisement maternel, antécédents de troubles psychiques, fatigue, remontée de certains traumatismes.
Quelles différences entre regret maternel, dépression post-partum et épuisement maternel ?
La période du post-partum est un moment délicat, propice à la remise en question, à l’épuisement et à la dépression. Rappelons qu’une à deux femmes sur dix vivent une dépression du post-partum (source : Ameli, 2022). Cette dernière est plus ou moins sévère d’une femme à l’autre. Ses symptômes sont les suivants : troubles du sommeil, perte d’appétit et d’intérêt au quotidien, isolement, irritabilité, anxiété, tristesse, pensées négatives, idées suicidaires, soins de bébé « en mode automatique », absence de lien avec son enfant.
De son côté, l’épuisement maternel (ou burn-out maternel) peut s’instaurer à n’importe quel moment de la vie parentale, même des années après l’accouchement. Ses symptômes n’incluent pas nécessairement de tristesse, d’idées noires ou suicidaires. Il s’agit surtout d’un sentiment de saturation, d’irritabilité, de perte de patience et de distanciation affective par rapport à son enfant.
Les mères épuisées ressentent également une fatigue générale et constante, avec la sensation d’être « vidées ». Mais bien souvent, l’épuisement maternel est un état qui ne concerne que la vie de mère.
La mère peut continuer de se sentir épanouie et sereine en dehors du cadre familial.
Grosso modo, voici les différences entre dépression post-partum et burn-out maternel :
- l’épuisement maternel peut apparaître n’importe quand, même après la période de post-partum ;
- la dépression du post-partum implique des idées noires, des pensées négatives, voire des idées suicidaires ;
- l’épuisement maternel ne concerne que la sphère maternelle ;
- la dépression post-partum nécessite un traitement médicamenteux, alors que le burn-out peut s’apaiser avec un changement de rythme et du soutien.
Et le regret maternel dans tout ça ? Les femmes qui le ressentent peuvent tout à fait aimer profondément leur enfant. Mais elles regrettent la maternité et leur nouveau statut en soi.
Elles ne ressentent pas de symptômes physiques particuliers, la détresse est exclusivement émotionnelle. Il s’agit surtout des émotions suivantes : remords, sentiment d’avoir fait une erreur, questionnements, culpabilité.
Comment trouver de la sérénité face au regret maternel ?
Vous êtes concernée par le regret maternel, et vous cherchez des solutions pour retrouver une certaine paix intérieure ? D’abord, rassurez-vous : vous n’êtes pas seule. Contrairement aux idées reçues, de nombreuses mères regrettent leur nouveau statut.
Ceci étant dit, trouver de la sérénité face à ce sentiment est un cheminement personnel, parfois long et complexe. Il ne faut pas hésiter à chercher du soutien chez une accompagnante périnatale durant les premiers mois suivant la naissance. Mais surtout : la thérapie est souvent d’un précieux secours.
La première chose à faire est de reconnaître et d’accepter ses émotions. Il est important de s’octroyer un espace pour parler librement, sans tabou. Vous pouvez contacter un thérapeute, écrire un journal, intégrer un groupe de parole, etc. La deuxième étape consiste à décortiquer l’origine de votre regret maternel. Quelles sont ses causes ? Comment le distinguer d’un « simple » épuisement maternel ? Comprendre d’où vient ce regret est important pour mieux l’apprivoiser.
Voici d’autres pistes à explorer pour mieux le vivre :
- travailler sur son équilibre personnel : prendre du temps pour soi, alléger sa charge mentale, trouver du soutien autour de soi ;
- trouver du sens ailleurs : réinvestir d’autres rôles, se fixer de nouveaux objectifs personnels (reprendre des études, développer un nouveau projet, voyager, etc.) ;
- accepter l’ambivalence liée à la maternité : la maternité peut être aussi belle que difficile, faire le deuil de la mère idéale ;
- pratiquer la bienveillance envers soi-même : célébrer les petites victoires, arrêter de se juger, se considérer avec douceur.
Le regret maternel est loin d’être un phénomène rare et isolé. De nombreuses mères le ressentent, ce qui les plonge bien souvent dans une grande détresse émotionnelle. Les causes du regret maternel sont à la fois socio-culturelles et personnelles. Pour mieux vivre le regret maternel, il est important d’accepter ses émotions, de pouvoir en parler et d’engager un cheminement personnel profond. Si vous êtes concernée, ne restez pas seule et trouvez du soutien (psychologue, accompagnante périnatale, groupe de soutien, etc.).