De nombreux couples tombent des nues face à certaines réalités du post-partum. Eh oui, l’arrivée de bébé chamboule tout, à commencer par la vie sexuelle des jeunes parents. Douleurs, baisse de libido, fatigue, nouvelle charge mentale, la reprise de l’activité sexuelle n’est pas toujours fluide.
Quand peut-on refaire l’amour ? À quoi s’attendre lors de ce premier rapport après accouchement ? Faut-il attendre 40 jours, comme le suggèrent certaines traditions ? Dans cet article, pas de réponse toute faite ! On se contente de poser des repères, pour une reprise de la sexualité après accouchement, douce, consciente et respectueuse de votre rythme.
Les grandes transformations du corps de la jeune maman après l’accouchement
Pour éviter les frustrations dans le couple, il est essentiel de garder en tête que l’accouchement constitue un événement majeur dans la vie d’une femme. Après avoir donné la vie, le corps de la jeune maman n’est plus le même. Il a déjà connu de profondes mutations, et est encore en pleine reconstruction.
D’un point de vue physique et émotionnel, les jeunes mamans doivent composer avec des bouleversements hormonaux majeurs. Après la naissance, leur corps connaît une chute brutale des hormones qui soutenaient la grossesse : les œstrogènes et la progestérone. Cela peut se traduire par une grande fatigue, une baisse de la libido ou des sautes d’humeur.
En cas d’allaitement, l’organisme produit une hormone spéciale, appelée prolactine, qui peut générer une perte de désir sexuel et une sécheresse vaginale. Parallèlement, l’ocytocine que l’on surnomme à juste titre l’hormone de l’amour est produite en masse. Elle permet de créer du lien avec bébé. Elle peut également contribuer à renforcer l’intimité du couple.
Au-delà de ces modifications hormonales, et des symptômes qu’elles provoquent, le corps de la jeune maman connaît d’autres changements importants :
- un relâchement du périnée, des douleurs périnéales qui peuvent subsister pendant plusieurs semaines en cas de déchirure naturelle ou d’épisiotomie ;
- la fatigue : nuits hachées, sollicitations constantes de bébé, récupération physique, etc. ;
- des douleurs au niveau de la cicatrice abdominale en cas d’accouchement par césarienne ;
- une sécheresse vaginale, parfois très marquée si allaitement ;
- une perte d’estime ou de désir, face à une image corporelle totalement transformée ;
- les lochies : ces saignements naturels post-accouchement durent généralement entre 2 et 6 semaines ;
- le col de l’utérus encore ouvert : l’utérus n’a pas encore retrouvé sa taille initiale.
Quand le col de l’utérus se referme-t-il après l’accouchement ?
Durant l’accouchement, le col de l’utérus se dilate, parfois partiellement (en cas de césarienne programmée par exemple), mais souvent complètement. Et bien sûr, tout ne peut pas se remettre en place en un claquement de doigts ! Il faut plusieurs jours ou semaines au col pour se refermer entièrement.
Ce processus peut prendre jusqu’à un mois, ce qui laisse le temps aux lochies d’expulser du corps tout ce qui doit l’être. Tant que le col n’est pas totalement fermé, il existe un risque d’infection. C’est pourquoi il est déconseillé d’avoir des rapports sexuels avec pénétration durant cette phase de récupération. Même après fermeture complète du col, certaines jeunes mères ne sont pas prêtes à faire l’amour. Il est essentiel d’y aller à son rythme, et de reprendre une sexualité lorsque l’on se sent physiquement et émotionnellement prête. Dans ce domaine, aucune norme universelle !
Quand reprendre la sexualité après l’accouchement et quel délai minimum respecter ?
Il s’agit d’une question légitime, que tous les jeunes parents se posent. Et pourtant, elle semble entourée d’une sorte de tabou, qu’il est essentiel de lever. En tant qu’accompagnante périnatale et doula postnatale, j’en suis convaincue : il n’existe pas de règle universelle ou de bonne réponse.
De façon générale, il est recommandé d’éviter la pénétration durant la période de lochies. De nombreux jeunes parents attendent de recevoir l’accord de leur sage-femme ou de leur gynécologue au cours de la visite post-natale. Cette dernière a lieu environ 6 semaines après l’accouchement (Collège National des Sages-femmes de France, 2024).
Ceci étant dit, il faut rappeler que le plaisir sexuel ne passe pas toujours par la pénétration. La reprise de la sexualité peut se faire de façon progressive, dès lors que les deux partenaires se sentent prêts. Les câlins, la tendresse et la complicité constituent des moments intimes précieux.
Certains couples reprennent une sexualité très tôt, d’autres attendent plusieurs mois. Cela peut dépendre de nombreux facteurs : état physique et psychologique de la maman, relation, vécu de l’accouchement, sollicitations de bébé, etc. Attention : il est essentiel d’adopter une contraception adaptée avant de se lancer (Haute Autorité de Santé, 2020).
Est-il possible de faire l’amour pendant les lochies ?
D’un point de vue strictement médical, les rapports sexuels pénétrants durant les lochies sont déconseillés. En effet, durant cette période importante, le col de l’utérus reste légèrement ouvert. Il existe donc un risque d’infection non négligeable. Par ailleurs, le périnée et le vagin sont encore fragiles. C’est encore plus vrai si la jeune maman a reçu des points de suture, suite à une déchirure ou une épisiotomie.
Plus généralement, les premières semaines après l’accouchement sont essentielles pour créer du lien avec bébé. La jeune maman consacre souvent toute son énergie à ce jeune arrivant. Il n’y a pas d’urgence à reprendre une activité sexuelle. Ce peut être le moment de renforcer son lien amoureux par d’autres modes d’intimité.
Peut-on faire l’amour avec une déchirure et des points de suture après l’accouchement ?
Si vous avez vécu une déchirure ayant nécessité des points de suture, ou une épisiotomie, soyez prudente. Il est important d’attendre que la cicatrisation soit complète, ce qui peut prendre entre 3 et 6 semaines. Ce délai dépend de la gravité de la lésion, du type de suture ou encore de la capacité de votre propre corps à cicatriser.
En reprenant les rapports trop tôt, vous risquez de ressentir des douleurs ou de rouvrir votre cicatrice. Vous pouvez aussi vous créer un blocage psychologique durable. Communiquez avec votre partenaire, et attendez d’être totalement prête.
Qu’est-ce qui peut freiner ou bloquer la reprise de la sexualité post-accouchement ?
Entre la grossesse, l’accouchement et le post-partum, de nombreuses femmes ont l’impression que leur corps ne leur appartient plus. Certaines vivent mal cette sensation d’être sans arrêt ramenées à leur rôle de mères. D’autres ne reconnaissent plus leur corps, n’ont plus de temps pour elles, ont du mal à se détacher de leur bébé, ne serait-ce que pour quelques instants. Bref, l’arrivée d’un bébé constitue un changement drastique pour la jeune mère.
Pour certaines femmes, la pression sociale et l’envie du partenaire de reprendre rapidement une vie sexuelle classique peuvent être très mal vécues. À tout ceci, peuvent s’ajouter une peur de la douleur et une baisse de désir. Pour retrouver une sexualité épanouie, une bonne communication est de mise.
Les femmes ne doivent pas se sentir écrasées par l’injonction du « devoir conjugal ». Elles doivent plutôt s’écouter et discuter sans tabou et en toute sincérité avec leur partenaire. Il faut aussi noter que certains jeunes papas n’éprouvent plus de désir durant les mois qui suivent l’accouchement. Il faut parfois laisser du temps au temps !
Voici quelques pistes pour se reconnecter à soi et à l’autre :
- prendre soin de son périnée, pratiquer des auto-massages ;
- prendre du temps pour soi (dans la mesure du possible) ;
- communiquer au maximum et sans tabou : parler de ses ressentis, de ses craintes, de ses envies ;
- s’offrir des moments de tendresse pour maintenir une intimité sans pression ;
- en termes de positions sexuelles après accouchement : miser sur le confort et le bien-être ;
- explorer d’autres formes de sexualité et de sensualité : caresses, regards, massages, etc.
Reprise de la sexualité après bébé : tour d’horizon de diverses traditions et croyances
Il est toujours bon de jeter un œil sur ce qui se pratique ailleurs :
- en Islam : il est recommandé d’attendre la fin des lochies, soit 40 jours en général. Cela permet à la jeune maman de s’offrir une parenthèse de soin, de récupération et de « purification » ;
- dans plusieurs cultures asiatiques et africaines : il existe une sorte de confinement post-partum ou de repos rituel de 30 à 60 jours. Durant cette période, pas de rapports sexuels ou d’efforts physiques, la jeune maman est chouchoutée ;
- En Chine : la tradition du « zuo yue zi » est essentielle. Durant une période de 30 à 40 jours, la jeune maman est totalement prise en charge et profite d’une phase de récupération intensive ;
- En Inde : durant la période de « Sutika Kala », soit 40 jours, la jeune maman est déchargée de toute tâche domestique. Elle reçoit de nombreux soins (massages, bains, etc.) et une alimentation adaptée ;
- En Amérique latine : durant 40 jours, la jeune maman profite d’un repos bien mérité au cours de la « cuarentena ».
Dans de très nombreux pays du monde, les jeunes mères sont protégées et accompagnées durant les premières semaines et mois post-accouchement. Elles ne reprennent pas une vie sexuelle immédiatement, mais disposent plutôt d’un temps pour elle et leur bébé.
Dans nos pays occidentaux, le mois d’or semble convaincre de plus en plus de familles. Mais malheureusement, la réalité est souvent tout autre. Et si on se laissait le droit de prendre son temps ? Car revenir à la sexualité, c’est d’abord revenir à soi et écouter son corps avec douceur.
La reprise de la sexualité après l’accouchement n’est pas toujours évidente. Elle nécessite trois conditions : un corps prêt, le retour du désir sexuel et une bonne communication entre les partenaires. Il n’y a pas de délai idéal. Chaque couple doit aller à son rythme, en gardant à l’esprit que l’accouchement est un marathon qui nécessite une récupération. Envie d’aller plus loin sur le post-partum et la sexualité ? N’hésitez pas à vous procurer l’excellent ouvrage Le post-partum dure 3 ans d’Anna Roy. Vous pouvez aussi poser toutes vos questions à votre sage-femme ou à votre doula post-natale !