On ne le dira jamais assez : chaque grossesse est différente. Pour certaines femmes, attendre un enfant se révèle être un moment heureux et épanouissant. Mais c’est loin d’être toujours le cas !
Quand on vit une grossesse à risque, voire une grossesse pathologique, difficile de l’apprécier. Les femmes enceintes concernées ont besoin d’une prise en charge spécifique et d’un accompagnement sur-mesure. Que diriez-vous de briser le mythe de la grossesse « forcément heureuse » ? Lumière sur trois maladies de grossesse encore trop peu connues, et pourtant graves : l’hyperémèse gravidique, la prééclampsie et l’éclampsie.
Quand attendre un enfant devient une épreuve : les principales maladies de grossesse
Qui a dit que la grossesse était un long fleuve tranquille ? Il s’agit d’un état physiologique particulier qui peut s’accompagner de nombreux symptômes plus ou moins pénibles. Par ailleurs, il existe aussi des complications et des maladies liées à cet état, ainsi que des grossesses à risque. Faisons le point.
Grossesse normale vs grossesse pathologique : où se situe la frontière ?
Toutes les grossesses s’accompagnent de symptômes plus ou moins importants. Durant le premier trimestre, il n’est pas rare de ressentir de la fatigue, des nausées, des vomissements ou encore des insomnies. Plus tard, d’autres symptômes peuvent survenir : remontées gastriques, étourdissements, maux de dos, jambes lourdes, etc.
Malgré ces divers maux, la majorité des femmes vivent une grossesse que l’on peut qualifier de « normale ». Les symptômes restent ponctuels, passagers et limités à la grossesse, sans risques graves pour elles ou pour leur enfant. Les changements physiques et hormonaux sont bien tolérés par leur organisme.
En revanche, chez une proportion significative de femmes enceintes, la grossesse bascule vers une pathologie. Les symptômes deviennent intenses, persistants et/ou dangereux pour leur santé, ainsi que pour celle de bébé. Pour les repérer rapidement, un suivi médical régulier est essentiel. Ce dernier comprend divers tests : échographies, analyses d’urine, contrôle de la tension artérielle, etc.
Quelles sont les principales complications et maladies de la grossesse ?
Parmi les complications et pathologies de grossesse, on peut citer :
- les complications précoces : grossesse extra-utérine, fausse couche spontanée, grossesse môlaire ;
- les complications liées à la tension et à la circulation : prééclampsie, éclampsie, syndrome HELLP, thrombose veineuse profonde, embolie pulmonaire ;
- les complications métaboliques et endocriniennes : hypothyroïdie ou hyperthyroïdie, diabète gestationnel, cholestase gravidique, anémie ferriprive ;
- les complications placentaires, utérines et fœtales : souffrance fœtale aiguë, malformations congénitales, anomalies du liquide amniotique, placenta prævia, décollement prématuré du placenta, retard de croissance intra-utérin, rupture utérine, incompétence cervicale ;
- les autres complications et maladies : hyperémèse gravidique, infections urinaires ou génitales, la menace d’accouchement prématuré, la dépression prénatale.
Parmi ces complications, figurent trois pathologies particulièrement sérieuses : l’hyperémèse gravidique, la prééclampsie et l’éclampsie. Elles se manifestent respectivement par :
- des nausées et vomissements sévères, une déshydration sévère, une perte de poids
importante ; - de l’hypertension, des protéines dans les urines ;
- en plus de l’hypertension et de la protéinurie : des convulsions sans autre cause connue
que la grossesse.
L’hyperémèse gravidique : quand les nausées et vomissements deviennent un enfer…
50 à 90 % des femmes enceintes connaissent des nausées et des vomissements, essentiellement au premier trimestre de la grossesse (Collège national des gynécologues et obstétriciens français, 2022). Mais chez 0,3 à 3,6 % des femmes enceintes, les symptômes sont à la fois extrêmement intenses et persistants. Incontrôlables, ils empêchent les femmes concernées de s’alimenter et de s’hydrater correctement.
Résultat : les femmes peuvent enregistrer d’importantes complications : perte de poids importante, déshydratation, carences, fatigue intense, dépression, déchaussements dentaires, baisses de tension, altération de la fonction rénale, etc. L’hyperémèse gravidique peut même altérer ou empêcher les gestes simples du quotidien : prendre une douche, marcher, discuter, se brosser les dents, etc.
Chez certaines femmes, les symptômes ne durent « que » quelques semaines. Chez d’autres, ils persistent plusieurs mois, voire même jusqu’à l’accouchement. Les causes de l’hyperémèse gravidique sont encore mal connues et impliquent divers facteurs génétiques, hormonaux et environnementaux.
Hyperémèse gravidique : que faut-il faire ?
Vos nausées et vomissements sont intenses et perturbent votre quotidien ? Ou peut-être cherchez-vous un moyen de soutenir une proche qui en souffre ? Il ne faut pas hésiter pas à recourir au test PUQE pour évaluer la gravité de vos nausées.
L’hyperémèse gravidique a longtemps été sous-estimée par le corps médical. Encore aujourd’hui, cette maladie extrêmement pénible peine à être diagnostiquée. Les femmes concernées sont souvent mal comprises, et par leur entourage, et par le personnel soignant. Pourtant, les risques sont réels. Ils concernent aussi bien la future maman, que son bébé. Pour ce dernier, les principaux risques sont un retard de croissance, ainsi qu’un petit poids de naissance.
Malheureusement, pour la majorité des femmes souffrant d’hyperémèse gravidique, le diagnostic est
posé grâce à leurs propres recherches. Pourtant, elles ont besoin d’une prise en charge adaptée,
comprenant :
- une hospitalisation (ou plusieurs), avec pour objectifs de les réhydrater, de les aider à reprendre des forces et à se reposer, et de rétablir un apport nutritionnel suffisant ;
- un soutien psychologique : l’entourage de la future maman a un rôle fort à jouer, de même que l’équipe soignante, un suivi psychologique peut également être essentiel ;
- des mesures hygiéno-diététiques : fragmentation de l’alimentation si cette dernière est encore possible, boire par petites gorgées, etc. ;
- un traitement médicamenteux
Vous (ou une personne de votre entourage) souffrez d’hyperémèse gravidique ? N’hésitez pas à vous
rapprocher de l’association de lutte contre l’hyperémèse gravidique. Vous pouvez aussi intégrer ces
deux groupes Facebook : association de lutte contre l’hyperémèse gravidique et le groupe 9 mois
avec ma bassine. Ne restez pas seule !
La prééclampsie : une menace silencieuse pour la future maman et le bébé
Aujourd’hui, la prééclampsie fait partie des complications de grossesse les plus redoutées. Elle touche entre 2 et 8 % des femmes dans le monde (Organisation mondiale de la santé, 2025). Sans repérage précoce, elle peut mettre en danger la vie de la future mère, et de son enfant.
Heureusement, un bon suivi médical tout au long de la grossesse permet de la prévenir de façon efficace.
Définition, symptômes, facteurs de risque : c’est quoi la prééclampsie ?
La prééclampsie se caractérise par une hypertension artérielle, associée à la présence de protéines dans les urines (protéinurie). Généralement, ces symptômes révélateurs surviennent après la 20e semaine de grossesse. Ils peuvent s’accompagner d’autres symptômes courants :
- des maux de tête intenses ;
- des troubles visuels : vision floue, taches dans le champ visuel, etc. ;
- des douleurs dans la partie supérieure de l’abdomen ;
- des nausées et vomissements (après le premier trimestre) ;
- une prise de poids soudaine, des gonflements au niveau des mains et du visage (œdèmes).
Les femmes concernées par cette pathologie de grossesse ont plus de chances de la voir survenir lors d’une prochaine grossesse. Il existe d’autres facteurs de risques : antécédents familiaux, grossesse multiple, obésité, âge maternel avancé, hypertension, diabète ou maladie rénale préexistante.
Prééclampsie : quelle prise en charge ?
Sans prise en charge adaptée, la prééclampsie peut avoir des conséquences graves : retard de croissance chez le bébé, accouchement prématuré, éclampsie (convulsions), atteinte des reins, du foie ou du système nerveux de la mère. Par ailleurs, chez certaines femmes, la prééclampsie se développe de façon silencieuse, sans symptôme visible.
Il est donc indispensable d’offrir à la future maman un suivi adapté tout au long de sa grossesse. Dès l’apparition des premiers symptômes révélateurs et/ou en cas de facteurs de risque, une surveillance médicale rapprochée est mise en place. Un diagnostic précoce de la prééclampsie permet d’en éviter les formes graves, et de limiter le risque de complications.
La prise en charge de cette maladie de grossesse comprend :
- du repos ;
- une surveillance étroite de la tension artérielle ;
- si besoin, la prise de médicaments antihypertenseurs ;
- si besoin, un déclenchement de l’accouchement et/ou une césarienne programmée.
Grâce à une prise en charge adaptée, la majorité des femmes souffrant de prééclampsie donnent naissance à un bébé en bonne santé et se rétablissent complètement après la naissance.
L’éclampsie : l’urgence vitale
L’éclampsie est l’une des urgences obstétricales les plus graves. Rare mais redoutée, elle survient brutalement chez certaines femmes qui souffrent de prééclampsie. Sans prise en charge immédiate, ses conséquences peuvent être dramatiques. Vous l’aurez compris : cette maladie de grossesse nécessite une vigilance constante durant la grossesse, mais aussi après l’accouchement.
Définition et symptômes de l’éclampsie
Il s’agit d’une forme sévère de la prééclampsie. Cette pathologie de grossesse se caractérise par des convulsions chez une femme enceinte qui présente déjà une hypertension artérielle et une protéinurie. Les crises peuvent être à l’origine de pertes de connaissance, voire d’un coma temporaire. Avant chaque crise, certains symptômes, notamment neurologiques, peuvent survenir : maux de tête intenses, troubles de la vue, agitation, nausées, douleurs abdominales.
Éclampsie : quelle prise en charge ?
L’éclampsie met en jeu le pronostic vital de la future mère et du bébé. Il s’agit d’une urgence obstétricale qui nécessite une hospitalisation immédiate. Les objectifs de cette hospitalisation sont les suivants : stabiliser la tension artérielle, prévenir d’éventuelles nouvelles crises, veiller à la sécurité du bébé.
Bien souvent, les médecins administrent du sulfate de magnésium pour prévenir et contrôler les convulsions. L’équipe soignante peut aussi préconiser un accouchement programmé anticipé, par déclenchement ou césarienne. La prise en charge se poursuit après l’accouchement, car même après la naissance de bébé, il existe un risque de rechute. Par ailleurs, toute grossesse future nécessite une surveillance rapprochée.
L’hyperémèse gravidique, la prééclampsie et l’éclampsie sont trois maladies de grossesse graves, qui nécessitent une prise en charge particulière. Si elles ne peuvent pas toujours être évitées, il est important de les détecter tôt grâce à un suivi prénatal attentif. Pour les femmes concernées, elles constituent une épreuve aussi bien physique que psychologique. Les professionnels de santé, de même que l’entourage, doivent absolument soutenir et écouter la future maman. Vous vivez une grossesse pathologique ? Faites appel à une accompagnante périnatale, écoutez votre corps et faites preuve de bienveillance à votre égard.