Perdre un enfant est sans doute l’une des pires épreuves que l’on puisse traverser dans la vie. Et
pourtant, cette situation aussi terrifiante que traumatisante, est loin d’être isolée. Si l’on entend de
plus en plus parler de ce deuil particulier, il reste mal compris et tabou. Les parents endeuillés, qui
ont pourtant besoin d’être soutenus et accompagnés, se retrouvent souvent seuls face à leur douleur.
Comment survivre à la disparition de son enfant ? Comment accompagner un proche touché
par le deuil périnatal ? Découvrez quelques précieuses clés pour faire face.
Définition, causes, fréquence : ce qu’il faut savoir sur le deuil périnatal en France
Les parents touchés par le deuil périnatal ont vécu la perte de leur enfant durant la grossesse, l’accouchement ou la première année du post-partum. Si l’on considère sa définition officielle, le deuil périnatal englobe trois situations différentes. Il s’agit de la mort fœtale in utero, de l’interruption médicale de grossesse (IMG) et du décès du nouveau-né.
À ces trois cas, on peut ajouter une situation tout aussi difficile pour les parents, et particulièrement fréquente : la fausse couche. Cette dernière correspond à un arrêt spontané de la grossesse avant la 22e semaine d’aménorrhée. Enfin, certaines interruptions volontaires de grossesse peuvent s’ajouter à la liste.
Le deuil périnatal est souvent qualifié de « deuil invisible » tant il bénéficie d’une piètre reconnaissance sociale. Pour la société, et malgré la libération de la parole en cours, il reste un sujet tabou, et de l’ordre de l’impensable.
Et pourtant : chaque année en France, on enregistre un taux de mortinatalité (enfants nés sans vie après 22 SA) d’environ 8,8 décès pour 1 000 naissances (Drees, février 2025). Par ailleurs, la fausse couche représente environ 15 % des grossesses (Ameli, décembre 2025).
Les causes du deuil périnatal sont variables :
- anomalie génétique ou malformation chez le fœtus ;
- anomalie liée au placenta ou au cordon : décollement placentaire, hémorragie, etc. ;
- interruption médicale de grossesse : pathologie grave du fœtus, risques pour la mère ;
- complications lors de l’accouchement ;
- anomalie après la naissance : prématurité extrême, infection néonatale, détresse respiratoire,
etc.
Et dans de nombreux cas, aucune cause particulière n’est identifiée.
Les émotions des parents et les étapes du deuil périnatal
Pour les parents qui ont déjà investi la grossesse et se sont déjà projetés dans leur vie avec bébé, le deuil périnatal est souvent vécu comme un choc. Certains d’entre eux vivent la perte de leur enfant en milieu hospitalisé, et reviennent chez eux sans leur bébé. Ils doivent alors faire face au lit vide et à la chambre parfois déjà installée.
Il faut aussi annoncer la nouvelle aux proches, tout en se confrontant à la gêne et à la maladresse.
Parfois, l’entourage n’a pas encore été tenu au courant de la grossesse. Les parents vivent alors la perte de leur enfant dans une solitude sans nom. Une fois les premiers temps passés, il faut reprendre sa vie de tous les jours. Retourner au travail, s’occuper des aînés, réinvestir le quotidien, apprendre les grossesses des autres. Si l’on est en couple, il faut aussi composer avec les émotions de son partenaire, pas toujours en phase avec les siennes.
Chaque personne vit le deuil périnatal à sa façon, plus ou moins « facilement ». Grosso modo, après la perte d’un enfant, les parents peuvent éprouver ces émotions :
- un choc et de la sidération ;
- une profonde tristesse ;
- un sentiment de vide ;
- une colère, un sentiment d’injustice ;
- un sentiment d’échec, de culpabilité, de honte ;
- une anxiété par rapport à une future grossesse ;
- une sensation d’isolement, d’incompréhension de l’entourage.
Bien entendu, les émotions peuvent varier d’une personne à l’autre, mais également en fonction du sexe. Et comme pour tout autre deuil, il n’existe pas de schéma linéaire. Il est possible de passer par ces différentes émotions dans n’importe quel ordre.
Quelques mots du vocabulaire du deuil périnatal
Dans le deuil périnatal, certains termes sont utilisés par les familles pour poser des mots sur leur vécu. Vous avez peut-être déjà entendu parler de « parange » ou de « mamange » ? Ces termes désignent respectivement un parent et une maman ayant perdu un bébé.
Pour évoquer le bébé décédé de façon symbolique, certains utilisent le terme « ange » ou « bébé ange ». Lorsqu’un autre bébé fait son entrée à la suite du deuil périnatal, on parle souvent de « bébé arc-en-ciel », et de « parents arc-en-ciel ». L’utilisation de ces mots est un choix personnel, et dépend, bien entendu, de chaque famille.
Perte d’un enfant : comment traverser cette épreuve douloureuse ?
En cas de deuil périnatal, la première chose à faire consiste à accepter ses émotions. Les parents ont parfaitement le droit de ne pas aller bien, quelles que soient les injonctions qu’ils reçoivent. Il n’y a pas de calendrier en matière de deuil. Il faut apprendre à vivre avec l’absence de son enfant, et cela peut durer très longtemps.
Pour y parvenir, certains ont besoin de s’autoriser à parler sans retenue. Il faut alors, quand c’est possible, essayer de mettre des mots sur sa douleur. D’autres parents ont besoin de s’isoler un peu pour panser leurs plaies. Chaque parent endeuillé doit pouvoir vivre son deuil à sa manière.
Pour certaines familles, les rituels, les souvenirs et les symboles constituent de bons moyens d’honorer la mémoire de bébé. Parfois, l’enterrement, la cérémonie et l’inscription de l’enfant sur le livret de famille apportent un certain soulagement. Les familles endeuillées ont toutes un point commun : elles ont besoin de temps. Au fil des semaines, mois ou années, il est possible de retrouver peu à peu de la joie, même si l’on n’oublie pas.
Phrases à bannir et conseils pour soutenir des parents qui vivent le deuil périnatal
En cas fausse couche et/ou de deuil périnatal, l’entourage peut se montrer particulièrement maladroit. Croyant réconforter les parents, certaines phrases ou attitudes peuvent minimiser ou invisibiliser leur douleur. Pour certaines personnes, c’est le fait de vouloir à tout prix dire quelque chose qui explique la maladresse.
Pour accompagner des parents endeuillés, voici quelques paroles courantes à bannir :
- « Vous en aurez un autre » ;
- « Mieux vaut maintenant que plus tard » ;
- « Au moins, vous ne l’avez pas connu » ;
- « La vie continue ».
Il est difficile de trouver les mots qui réconfortent vraiment. Il faut accepter de ne pas savoir quoi dire. Parfois, il suffit d’une présence, de petites attentions sincères, d’une écoute ou d’un profond respect du silence.
Vous pouvez proposer aux parents de prendre le relais avec leur(s) aîné(s), leur apporter des repas ou des services. Vous pouvez simplement leur dire que vous êtes là pour eux, et vous montrer présent dans la durée (pas seulement au début). Il faut être là, sans s’imposer, sans jugement et sans minimiser les émotions. Un savant mélange de subtilité et d’empathie en somme…
Association, entourage, professionnels de santé : l’importance de bien s’entourer
La perte d’un bébé constitue un profond bouleversement pour les parents, aussi bien sur le plan émotionnel que physique (notamment pour la maman). Le deuil périnatal qui la suit nécessite du
soutien et de la bienveillance.
Sans ces ingrédients, les parents ont vite fait de tomber dans l’isolement. Pour les accompagner, ils peuvent compter sur les professionnels de santé : sage-femme, psychologue, médecin. La doula post-natale peut également être d’un précieux secours.
De leur côté, les associations de soutien au deuil périnatal peuvent offrir un espace de sécurité et
d’entraide. Enfin, les proches ont un réel rôle à jouer et peuvent se montrer d’un grand réconfort. Si vous traversez cette épreuve, entourez-vous de personnes bienveillantes, et ne restez pas seul(e)
face à votre douleur.
Le couple parental à l’épreuve du deuil périnatal
Durant le deuil périnatal, le couple est loin d’être épargné. Alors que les parents vivent la même perte, les ressentis et la façon de traverser l’épreuve diffèrent. Ces écarts peuvent donner lieu à des incompréhensions, des tensions, une impression de décalage et un repli sur soi.
Pour survivre à la perte de leur enfant, les parents doivent pourtant continuer de communiquer
malgré la souffrance, même de façon imparfaite. Cela permet de rester en lien. Autre point important : il est important de ne pas minimiser le vécu de l’autre, et de ne pas comparer les souffrances.
Plus tard, peut se poser la question du désir d’un nouvel enfant, pas toujours identique entre les deux parents. À travers le deuil, certains couples ressortent plus forts. Mais force est de constater que d’autres ne survivent pas. Peu d’études nous fournissent des statistiques quant au taux de rupture. Une ancienne étude menée aux États-Unis est souvent citée (National Library of Medicine, 2010). Elle fait état d’un risque de séparation accru de 22 % après une fausse couche, et de 40 % après une mortinatalité.
Clairement, le deuil périnatal peut fragiliser ou renforcer le couple. La thérapie conjugale peut constituer une bonne option pour rétablir une communication rompue.
Le deuil périnatal est une épreuve intime et bouleversante. Elle mérite de l’écoute, du temps et du soutien. Aucun parent ne devrait la traverser seul. Pour être accompagnés avec toute la bienveillance qu’ils méritent, les parents endeuillés peuvent se reposer sur une doula post-natale à Grenoble ou ailleurs. Lire des témoignages, intégrer des groupes de soutien, et laisser faire le temps sont d’autres axes à explorer.